Faut-il passer en SELARL quand on est médecin libéral ? La question revient quasi systématiquement chez nos clients dès que leur BNC dépasse 100 000 €. La réponse n’est jamais binaire — elle dépend de l’enveloppe fiscale globale, du besoin réel de revenus, du projet patrimonial, et de l’horizon de cession. Voici notre méthode d’analyse, illustrée par deux simulations chiffrées concrètes.
Rappel : les deux modes d’exercice
L’exercice libéral en BNC (par défaut)
Vous exercez en nom propre. Vos recettes encaissées en cabinet (et les rétrocessions reçues) constituent votre bénéfice non commercial (BNC). Ce BNC est imposé directement à l’impôt sur le revenu (IR) selon votre tranche marginale (de 11 % à 45 %). Vous payez aussi les cotisations URSSAF (~10 % du BNC) et CARMF (~18-22 % du BNC).
Avantage : simplicité administrative, comptabilité allégée, totale liberté de retraits.
Inconvénient : tout votre revenu est imposé à l’IR, même la part que vous laissez en réserve. Pas de levier fiscal sur l’épargne ou l’investissement.
La SELARL (Société d’Exercice Libéral à Responsabilité Limitée)
Vous créez une société qui exerce votre activité médicale. La société perçoit les recettes, déduit ses charges (dont votre rémunération de gérant), et paie l’impôt sur les sociétés (IS) sur le bénéfice qui reste : 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà.
Vous touchez une rémunération de gérant (imposée comme un salaire à l’IR) et, éventuellement, des dividendes (imposés à la flat tax 30 % ou au barème).
Avantage : modulation fine du revenu personnel, IS bas sur les premiers 42 500 €, capacité d’épargne dans la société pour investir (immobilier professionnel, valorisation du fonds), préparation de la cession à long terme.
Inconvénient : comptabilité d’engagement complète (vs trésorerie en BNC), AG annuelle, dépôts de comptes, frais de constitution (1 500-3 000 € one-shot), honoraires comptables plus élevés (+30-50 %).
Simulation 1 : Médecin généraliste secteur 1, BNC 110 000 €/an
Hypothèses : 110 000 € de BNC, 75 000 € de besoin de revenu personnel net annuel, célibataire, TMI 30 %.
Scénario A — Exercice libéral BNC
- BNC : 110 000 €
- Cotisations URSSAF + CARMF (~28 %) : -30 800 €
- Revenu imposable IR : 79 200 €
- Impôt sur le revenu (TMI 30 % marginal) : ~17 500 €
- Net disponible : ~61 700 €
Scénario B — SELARL, rémunération gérant 75 000 €
- Recettes SELARL : 110 000 €
- Rémunération gérant TNS : 75 000 € (charge déductible société)
- Cotisations TNS sur rémunération (~38 % du brut) : ~28 500 €
- Bénéfice SELARL après rémunération + cotisations : 110 000 – 75 000 – 28 500 = 6 500 €
- IS sur 6 500 € (15 %) : ~975 €
- Net société (réinvestissable) : ~5 525 €
- IR sur la rémunération nette de cotisations (~46 500 € imposable) : ~7 500 €
- Net personnel disponible : ~39 000 €
- + Trésorerie société : 5 525 € (réinvestissable, non taxé à l’IR personnel)
Verdict simulation 1 : à BNC 110 000 €, le passage en SELARL n’apporte qu’un gain marginal (~3 000-5 000 €/an), surtout obtenu via la trésorerie société non-taxée. Si le besoin personnel est élevé (75 000 € net), l’effort administratif et les honoraires comptables annulent en pratique le gain. Reste en BNC.
Simulation 2 : Spécialiste secteur 2, BNC 220 000 €/an
Hypothèses : 220 000 € de BNC, besoin personnel 90 000 € net, marié sans enfant, TMI 41 %.
Scénario A — Exercice libéral BNC
- BNC : 220 000 €
- Cotisations URSSAF + CARMF (~28 %) : -61 600 €
- Revenu imposable IR : 158 400 €
- Impôt sur le revenu (TMI 41 %) : ~50 000 €
- Net disponible : ~108 400 € (mais besoin réel : 90 000 €, donc 18 400 € “subis” en surplus imposé)
Scénario B — SELARL, rémunération gérant 90 000 €
- Recettes SELARL : 220 000 €
- Rémunération gérant TNS 90 000 € : charge société
- Cotisations TNS sur rémunération (~38 %) : ~34 200 €
- Bénéfice SELARL = 220 000 – 90 000 – 34 200 = 95 800 €
- IS : 15 % sur 42 500 € + 25 % sur 53 300 € = 6 375 + 13 325 = ~19 700 €
- Trésorerie société après IS : ~76 100 € (capitalisable, réinvestissable)
- IR sur rémunération nette (~55 800 € imposable) : ~8 500 €
- Net personnel disponible : ~47 300 €
- + Trésorerie société : 76 100 € (capitalisée pour épargne / immobilier pro / cession)
Verdict simulation 2 : à BNC 220 000 €, le passage en SELARL fait apparaître ~76 000 € de trésorerie société non-imposée à l’IR personnel. Cette trésorerie sert à : préparer un investissement immobilier professionnel, capitaliser pour la cession future (la SELARL elle-même se vend), constituer une épargne professionnelle. Le bénéfice cumulé sur 5-10 ans devient significatif (200-400 k€ d’épargne pro vs 0 en BNC). SELARL recommandée.
Le seuil de rentabilité : où se situe-t-il ?
Notre règle empirique, validée sur ~50 dossiers de médecins suivis :
- BNC < 100 000 € : SELARL non rentable. Restez en BNC.
- BNC 100 000 – 150 000 € : zone grise. Pertinent uniquement si projet patrimonial fort (achat immobilier pro, cession à 3-5 ans).
- BNC 150 000 – 200 000 € : SELARL devient nettement intéressante (+5-15 k€/an d’optimisation).
- BNC > 200 000 € : SELARL quasi systématique. Capitalisation société + préparation cession = levier majeur.
Coûts et délais à prévoir
- Constitution SELARL : 1 500 – 3 000 € HT (statuts, dépôt capital, formalités RCS, immatriculation Ordre)
- Honoraires comptables annuels SELARL : à partir de ~2 500 € HT/an (vs ~1 500 € HT en BNC)
- Délai de constitution : 6 à 8 semaines
- Notification au Conseil départemental de l’Ordre des Médecins : obligatoire avant exercice
Notre méthode au Cabinet Berenfus
Pour chaque médecin qui nous consulte sur ce sujet, nous produisons une simulation chiffrée personnalisée sur 5 ans (BNC vs SELARL), intégrant :
- Vos chiffres réels de la 2035 des 2 dernières années
- Votre projection de revenu personnel souhaitée
- Votre situation matrimoniale et fiscale
- Vos projets patrimoniaux (immobilier, retraite, cession)
- Le coût comparatif réel comptable + juridique
Demandez votre simulation gratuite SELARL vs BNC →
Sources officielles
- Legifrance — Loi n° 90-1258 (SEL)
- Legifrance — Ordonnance n° 2023-77 (SEL professions réglementées)
- impots.gouv.fr — Impôt sur les sociétés
- CARMF — Cotisations 2026
📅 Article mis à jour le 27 avril 2026. Les informations contenues dans cet article sont données à titre général et ne constituent pas un conseil personnalisé. Pour une analyse adaptée à votre situation, prenez rendez-vous avec un expert-comptable spécialisé.
Pour aller plus loin
- Notre accompagnement expert-comptable médecin libéral à Paris
- SELARL, SCM, SCP : quelle structure juridique choisir ?
- BNC et déclaration 2035 : guide complet
- Facture électronique 2026 : ce que le médecin libéral doit faire
⚠️ Actualité PLF 2026. Les seuils de taux réduit de l’IS PME cités ici (15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà) sont ceux en vigueur à date (avril 2026). Le projet de loi de finances 2026, en discussion parlementaire, prévoit un relèvement du seuil à 100 000 €. À réévaluer en cas de vote définitif.